Rigobert BONNE (1727, 1795)
"Carte de l'Isle de la Martinique" et "Carte de l'Isle de la Guadeloupe, de Marie-Galante, de la Désirade et de celles des Saintes".
Carte datée de : 1785
Dimensions approximatives : 23,5 cm x 35 cm.
R. Bonne emploie comme précédemment les deux longitudes en usage chez cartographes français (méridien de l'île de
fer et méridien de Paris). Explication à la
demande de Christine
Il récapitule en une seule carte les deux dernières principales possessions antillaises de la France dans cette période pré révolutionnaire.
Un peu d'histoire
Malgré les succès importants obtenus par les armées françaises quelques années auparavant durant la guerre de soutient aux "Insurgents" américains (1776-1783), la France, à l'issue
du conflit, entérinée par le traité de Versailles, n'a su profiter de ses conquêtes aux Antilles et n'a conservé finalement que les îles de la Martinique, de la Guadeloupe avec ses dépendances,
de Sainte-Lucie et de Tobago.
Durant la guerre d'indépendance
américaine, le
marquis de Bouillé alors gouverneur de la Martinique (1777-1783) et Lieutenant Général des îles du Vent (gouverneur militaire) entreprend les premières hostilités contre les britanniques. Il
réussi à s'emparer de la Dominique dès la fin de 1777. Les îles des petites Antilles dans le cadre des opérations américaines contrôlent stratégiquement l'alimentation en hommes et munitions des
anglais. Les attaques des réserves anglaises dans la zone, empêche celles-ci de se déployer sur le continent et réduisent les approvisionnements des troupes en campagne. D'un autre côté les
Insurgents américains viennent s'approvisionner (provisions de bouche et provisions de guerre) dans les ports français qui leurs sont grands ouverts. Les
flibustiers et corsaires américains trouvent également dans les ports français toute la sécurité et la logistique dont ils ont besoin pour harceler continuellement les convois anglais dont
les marchandises viennent alimenter les entrepôts de Saint-Pierre.
Malgré quelques revers, les anglais s'emparent temporairement de Sainte-Lucie en 1778 (qui est rapidement reprise), les forces françaises enlèvent Saint-Vincent, la Grenade et les Grenadines en
1779. Les opérations s'accélèrent et s'intensifient, en 1781 c'est Tobago qui est prise grâce à l'action du
comte de Grasse qui commande la flotte française. Puis c'est au tour de Saint-Christophe, de Nevis et de Montserrat, de Saint-Eustache de tomber aux mains des français.
Devant le succès des armes françaises, des projets de conquête de la Jamaïque sont programmés, en liaison avec les espagnols alliés à la France, mais finalement ces projets n'auront pas de suite.
La fameuse et mémorable
bataille navale des Saintes (12 avril 1782) entre l'escadre anglaise commandée par l'Amiral
Rodney et la flotte française commandée par François-Joseph de Grasse (1722 - 1788) tourne à l'avantage des britanniques qui avec 37 bâtiments de ligne contre 30 pour les français, a infligé
à la "Royale" suffisamment de pertes pour renoncer à s'emparer de la Jamaïque. Il est vrai que la marine anglaise a aussi beaucoup souffert de l'engagement (19 vaisseaux fortement
endommagés).
[Réf. Didier Lampin]

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Bonne - 1780
Rigobert BONNE (1727, 1795) - Carte de l'Isle de la Martinique. Colonie Françoise dans les Isles Antilles, à Paris.
période d'édition : entre 1774-1790 (Atlas Moderne).
Rigobert Bonne a succédé à JN Bellin comme hydrographe officiel du Dépôt de la Marine en 1773. Comme son illustre prédécesseur il s'est montré très productif durant sa carrière.
Cette séduisante carte de l'île de la Martinique a été produite à de nombreux exemplaires notamment pour les besoins de la publication de l'Abbé de Raynal GT (Guillaume Thomas) sur l'Histoire
Philosophique, ... du Commerce des Indes (1774).
La fameuse et monumentale publication de l'abbé GT de Raynal (1713, 1796), " L'Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes " qui
comporte de nombreux de volumes est accompagnée par un atlas d'une cinquantaine de doubles cartes dressées en majorité par Rigobert Bonne, ingénieur hydrographe de la marine, le graveur en est
généralement André. L'atlas se nomme "l'Atlas Portatif, ou Atlas de Toutes les Parties Connues du Globe Terrestre".
GT Raynal a mis près de quinze ans pour réaliser cette oeuvre gigantesque. Il a pioché parfois allégrement dans d'autres ouvrages. Mais le résultat est à la hauteur de ses espérances. L'ouvrage
dénonce outre la présence des européens en Amérique et aux Indes Orientales
(qu'allait-on faire dans ces contrées ?) les travers néfastes du colonialisme, de l'esclavage et des massacres perpétrés contre les indiens (Réf. Didier Lampin).
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J'ai le bonheur d'avoir cette carte mais il me manquait la définition précise. Allez, on partage ce bout d'histoire...
Chevalier Jean de Beaurain, l'isle de la Martinique,
Cliquez sur la carte pour une version agrandie
Imprimée à Paris en 1765, dimensions approximatives 11,5 cm x 18,5 cm.
Il s'agit d'une carte miniature, mais cependant assez détaillée, qui relate la première attaque réussie par les anglais qui s'emparèrent de l'île de la Martinique en février 1762 (selon la carte de
Beaurain). L'occupation anglaise devait durer près de 18 mois, jusqu'à sa restitution en juillet 1763 par le traité de Paris signé en février de la même année.
La redoutable escadre anglaise commandée par l'Amiral Moore entame le blocus des petites Antilles françaises dès 1759. Les troupes anglaises s'emparent tout d'abord de la Guadeloupe en janvier
1759. La résistance de la garnison et des milices martiniquaises permet dans un premier temps de repousser les incursions anglaises, mais le blocus des anglais amène très vite une dégradation des
conditions de vie et la disette devient le quotidien des habitants. Aucun renfort de la métropole ne parvient en Martinique qui semble abandonnée à son destin.
Les amiraux et généraux anglais Rodney et Moncton lancent alors en janvier 1762 une vaste offensive avec plus de 20 000 hommes de troupes. Le contingent ennemi réussi à débarquer à Sainte-Anne et à
s'y tenir. La pénétration à l'intérieur de l'île peut alors commencer. Les fortifications françaises et les lignes de défense cèdent une à une. Les anglais s'emparent d'abord de Fort de France le 3
février 1762. Le gouverneur de la Martinique, Le Vassor de la Touche, essaye de faire front avec les défenseurs de Saint-Pierre en y concentrant les dernières troupes valides. Mais peine perdue,
devant des forces bien supérieures en nombre et aguerries par des années de campagne, il est obligé de capituler le 14 février.
La légende sous la carte de Jean de Beaurain signale que "les troupes françaises s'en sortirent avec tous les honneurs de la guerre". Il décrit brièvement l'offensive anglaise et donne les
principales dates : reddition du Fort Royal le 3 février 1762 et de la ville de Saint-Pierre le 14 février. La carte porte des lettres indiciaires qui renvoient aux principaux sites de l'île. Deux
cartouches spécifiques présentent chacun un plan sommaire : le Fort de Saint-Pierre et le Fort Royal, principales fortifications de l'époque.
Cette carte est assez remarquable parce qu'elle se distingue fortement des autres cartes de la même époque, notamment dans l'orientation donnée à la Martinique. En général les cartographes du
XVIIIe "allongent" la Martinique sur un axe prononcé sud-est / nord-ouest. Beaurain semble précurseur et donne un axe moins écrasé, qui se rapproche de la réalité. Le reste du contour de l'île est
également bien appréhendé par l'auteur. (Réf. Didier Lampin)
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Ca y est ! J'ai enfin réussi à me procurer cette merveille après de nombreuses recherches et tractations.
Allez... on se partage une explication détaillée de cette carte. Bonne lecture !
Seutter Georg Matthaus, Représentation la plus Nouvelle et Exacte de l'Isle de la Martinique,
Cliquez sur la carte pour une version "pleine page"
Gravée et imprimée à Augsburg vers 1728-1736 par Albrecht Carl Seutter.
Dimensions approximatives : 49 cm x 56 cm.
Intitulée "Représentation la plus nouvelle et exacte de l'Ile Martinique, la première des Iles de l'Amérique Antilles, nommées Barlovento". Le terme "Barlovento" est tiré d'un terme de marine
espagnol, il signifie "îles du vent".
Cette carte a été dressée par le cartographe allemand Matthäus Seutter, gravée et imprimée par son père Albrecht Carl.
La carte des Seutter relève par contre de l'oeuvre d'art. Elle est ornée d'une
exceptionnelle gravure qui occupe près d'un sixième de la surface de la carte [dans le coin inférieur gauche]. On peut y distinguer plusieurs tableaux présentant des scènes anecdotiques.
Le premier met en scène des
échanges commerciaux entre les natifs caraïbes et les européens. On y voit notamment des indiens échangeant avec les européens des denrées diverses. On peut y voir des épis de maïs, des blocs
de sucre cylindriques caractéristiques des moules à sucre de l'époque. Les européens apparaissent sous les traits d'officiers de la marine royale française. Ils sont revêtus de leurs uniformes
rouges qui les distinguent si facilement des hommes d'équipage et en font d'ailleurs des cibles idéales lors des batailles navales. Leurs têtes portent perruques et tricornes. L'un d'eux fume par
ailleurs un long calumet.
Les indiens sont représentés les oreilles percées, ont peut penser que les ornements de ces dernières sont des osselets humains, du moins ils en ont fortement l'apparence.

Un second tableau s'ouvre sur une
bataille navale entre deux escadres. Des vaisseaux arborant les couleurs royales de la France (fleur de lys) ouvrent le feu sur l'ennemi. Divers type de vaisseaux sont représentés. L'auteur
évoque ainsi les nombreux conflits armés qui touchent les colonies européennes.
Le dieu du commerce, aux pieds ailés, Mercure qui tient dans sa main droite une bourse bien pleine, surmonte l'ensemble de la fresque. On peut y voir là une allusion aux forts revenus tirés de la
colonie.
Le cartouche présentant le titre de la carte est surmonté des armoiries de France. Il est encadré à gauche par des plants de canne à sucre et à droite par des plants de tabacs. Juste en dessous,
l'auteur présente le dieu des océans et des mers Neptune (chez les romains) tenant son trident, sur un chariot tiré par deux chevaux de mer, tandis qu'un triton annonce le cortège royal en
soufflant dans une conque.
En dehors de ces aspects esthétiques, cette carte montre pour l'époque des détails intéressants de l'île. Elle présente la Martinique découpée selon ses diverses paroisses mettant en évidence les
zones d'influence des congrégations religieuses (Jésuites, Capucins, Dominicains). Cette carte se veut également à vocation marine. Seutter précise dans le cartouche dans lequel il insère la
légende (en haut et au centre) et qu'il nomme "Avertissement"
que : "pour rendre cette carte propre à l'usage des navigateurs on a employé la projection et les boussoles usées dans les cartes marines". Dans ce même cartouche figurent les explications des
différentes marques en français et ainsi qu'une brève une traduction en allemand.
La carte fait notamment mention du premier
moulin à vent construit en Martinique en 1718 près de l'actuel bourg du Robert à côté de l'habitation de M de la Chapelle . Elle indique également à la croisée des chemins de Robert à Trinité
et de celui venant de la presqu'île de la caravelle , un
campement (7 tentes sont implantées de part et d'autre de la route). Le type de campement n'est pas spécifié ni dans la carte ni dans la légende. Il pourrait s'agir d'un campement temporaire de
l'armée mais également de l'un des derniers carbets de caraïbes.
(Réf. Didier Lampin)
Voir aussi cet article.
En prime, une vue de Saint-Pierre en 1890
Peintre : De Beard
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